Il y a beaucoup de choses à dire sur la défaite de la droite nationale ce 22 avril 2007 et, plus généralement, sur ce funeste scrutin. Beaucoup d'enseignements à tirer, et s'il ne faut pas tomber dans le misérabilisme, il faut affronter ce résultat avec lucidité.
Avant tout chose je voudrais vous dire ma tristesse: je pense à tous ces militants et sympathisants FN, MPF, MNR et autres que j'ai rencontrés lors de cette campagne 2007, tous ces authentiques patriotes, de toutes sensibilités et de toutes conditions. Quand on connait leur amour pour la France et leur courage politique, on ne peut que mesurer avec émotion leur désillusion.
Le constat:
Philippe de Villiers
n'a obtenu que 815 000 voix, soit 2,24% des suffrages exprimés. (contre
1 444 000 voix et 4,74% des suffrages en 1995).
Jean-Marie Le Pen n'a obtenu que 10,44 % contre 16,86 % en 2002, soit un million de voix en moins.
Différentes raisons, expliquent à mon sens, les échecs de Jean-Marie Le Pen et de Philippe de Villiers dimanche soir, ainsi que l'incroyable réussite de Nicolas Sarkozy. Voici trois points qu'il me semble important de noter :
1) La victoire du systèmeJe partage l'étonnement d'
Yves Daoudal face à l'ampleur du résultat de dimanche soir. En effet, "selon un sondage, ceux qui ont voté Sarkozy avaient pour première préoccupation l’immigration..." Or, Nicolas Sarkozy ministre de l'intérieur, et donc de l'immigration, a eu les pouvoirs les plus étendus pendant près de 5 ans ! Non seulement son bilan est mauvais, mais de plus, il a porté lors de cette campagne les projets d'immigration choisie et de discrimination positive.
Le pouvoir médiatique - le premier pouvoir - semble plus fort que la raison ; la puissance de l'image plus forte que la réalité des faits.
Ainsi les émeutes de 2005, les événements récents de la Gare du Nord et de la Foire du Trône devaient montrer aux Français l'étendue de l'échec de Nicolas Sarkozy. Au contraire : ils renforcent son image! C'est la réussite du "pompier pyromane".
De plus, la gauche a artificiellement diabolisé le candidat de l'UMP, le rendant sympathique auprès d'un électorat de droite dure. S'ajoute à cela les instituts de sondage et leur "tyrannie sondagière" qui ont réussi à imposer le concept de "vote utile" qui a littéralement fait exploser les petites formations à gauche et à droite. Philippe de Villiers aura ainsi fatalement subi cette loi, tout comme Jean-Marie Le Pen, ce qui était moins prévisible. Pour ce dernier d'ailleurs l'impact du vote du 5 mai 2002 - et sa non-progression entre les deux tours de 2002 - a peut-être été sous-estimé et a sans doute joué en sa défaveur.
On ne peut que déplorer, comme Jeanne Smits dans
Présent, qu'
"en croyant voter utile, [les électeurs de droite] de Sarkozy – le véritable casseur de l’électorat de Le Pen et de Villiers – ont de fait voté inutile. Ils ont mis face à face, capitulant d’avance devant le pouvoir des médias et la dictature du relativisme, deux candidats complices, en leurs personnes et par leurs partis, de la dislocation de la France dans l’Europe mondialiste."Il conviendra aux leaders de droite nationale de réfléchir à cette déferlante du 22 avril et à réussir cet exercice d'équilibriste: comment ne pas être dépassé dans la communication et par les "effets marketing" sans pour autant renier ses idéaux.
2) La défaite de la désunionInutile ici aussi de tourner autour du pot...La "droite de conviction", si elle continue à se présenter dispersée, sera à nouveau balayée dans les élections futures. D'abord parce que notre système électoral n'a que faire des nuances, le scrutin de dimanche en est la preuve. Ensuite, la logique du vote utile, dans des scrutins majoritaires à deux tours perdurera. Si les partis concernés se présentent en ordre dispersé aux législatives, la sanction risque d'être sévère.
Or on a pu constater durant cette campagne combien "l'esprit gaulois" des partisans des différents camps aura mené en partie au résultat si décevant de dimanche.
Du côté MPF, il est frappant que le début de la descente dans les sondages correspond à peu près au moment du refus catégorique et sans discussion de la proposition d'union faite par Jean-Marie Le Pen et le FN. Cela est loin d'expliquer l'échec de la campagne du MPF mais le MPF a porté tout au long de cette campagne une étiquette de "diviseur" que les médias ne se sont pas privés de rappeler à chaque intervention.
Quant à l'union des patriotes, la langue de bois est inutile: elle a tourné, malheureusement, à la comédie.
Alors même que le symbole d'un accord avec Bruno Mégret - quoiqu'on pense par ailleurs des responsabilités de la scission de 1998 - aurait pu relancer une dynamique militante, les rancoeurs personnelles l'ont emporté, brisant tout élan et rendant totalement ineffectif l'idée d'union. Cela aura même redonné des arguments à ceux qui, au MPF, dénonçaient les arrières-pensées stratégiques de cette proposition.
Chacun sait qu'à travers cette campagne, une autre compétition se jouait dans les différentes équipes, une compétition destructrice: la succession de Jean-Marie Le Pen. Chacun de son côté essayant de récupérer "le gâteau", au mépris du travail sincère de militants dévoués de chaque formation. Le risque de ce combat fratricide est finalement de n'en récupérer que les miettes , le résultat de dimanche devrait en faire réfléchir plus d'un.
3°des défaites stratégiques
Dans le résultat de dimanche, la naïveté de l'électorat - facteur avec lequel il faudra malheureusement toujours compter - et les "couacs" de l'union n'expliquent pas tout. Il me semble que certaines erreurs ont lourdement handicapé les nationaux.
Du côté de Philippe de Villiers.
L'équipe de campagne du MPF s'est, à mon sens, trompé de combat. Elle a voulu, espéré, récupérer dès 2007 l'électorat de Jean-Marie Le Pen et faire de Philippe de Villiers son successeur. Alors même que Philippe de Villiers bénéfiçiait d'une très bonne dynamique après une campagne parfaitement menée au référendum de 2005 et d'une image de gestionnaire performant, sa campagne présidentielle s'est rapidement enfermée dans le monothématique. Non pas qu'il fallait occulter l'islamisation de la France, thème essentiel, mais en faire son seul sujet de préoccupation durant des mois a brouillé l'image du président du conseil général de Vendée. Mais comme il fallait dépasser le FN par sa droite... Puis lorsqu'il a fallu redresser, un peu tard, la barre, le "monothématique" a continué avec la mise en avant systématique de la gestion Vendéenne, ce qui a dû paraître bien peu ambitieux pour une grande partie de l'électorat. Pourtant, le MPF a eu raison de cibler ses attaques, justes, contre Nicolas Sarkozy. Malheureusement, le système médiatique et le "problème d'image" de Philippe de Villiers dans les débats télévisés ont rendu inaudibles les arguments pertinents avancés par le MPF.
L'erreur stratégique du MPF est d'autant plus étonnante que le MNR avait créé un précédent : une stratégie "anti-islamisation" couplée d'attaques directes contre la personnalité de Jean-Marie Le Pen. On connaissait le résultat de cette stratégie: 2,3 % et c'est exactement le score de Philippe de Villiers dimanche.
Du côté de Jean-Marie Le Pen
Pour commencer, l'âge du candidat a sans doute joué en partie dans le résultat de dimanche face à un Nicolas Sarkozy populaire et bénéficiant d'une image artificiellement dynamique.
Fondamentalement, je pense, comme
François Desouche, que la stratégie de « dé-diabolisation » de Le Pen est allée de pair avec la « diabolisation » de Sarkozy.
Ainsi la stratégie de dé-diabolisation, légitime, n'aurait pas dû avoir comme conséquence de brouiller l'image du Front National et de son corpus doctrinal. Au moment même où les faits ont donné raison au discours de Jean-Marie Le Pen développé depuis des années, le Front National a décidé d'"oublier" certains fondamentaux. Dans la dernière semaine, donner l'image d'un FN proche des jeunes de banlieue (voir la visite à Argenteuil ou Aulnaye-sous-bois), participer à la diabolisation de Sarkozy et sa "kärcherisation" aura rendu un grand service au candidat de l'UMP qui n'en attendait pas tant.
C'est d'ailleurs le constat assez juste que fait
Arnaud Folch:
"Obnubilé par le second tour (qu’il considère n’avoir pu véritablement disputer en 2002), Le Pen a « oublié » de mener une vraie campagne au premier. A Sarkozy, les « provocs » et les campagnes de « haine » de la gauche et de l’extrême gauche - bref, le hors système ; à Le Pen la posture du vieux Sage, d’abord attaché à se « dédiaboliser » en prévision du second tour. Au risque de se faire chiper ses fondamentaux."
Je pense d'ailleurs que la venue de Dieudonné, "paradant" au QG du FN, pour expliquer qu'il a voté Bové a dû être ressenti par nombre de militants du FN comme quelque chose d'assez humiliant. En tout cas Nicolas Sarkozy a fait plus de 30% en ne recueillant à peine qu' 1% du vote musulman...
Bernard Antony note d'ailleurs de son côté que Jean-Marie Le Pen "est battu parce qu’il a trop accepté les idées des autres ! Sur plusieurs points, ses déclarations et même ses mots polémiques, ont été par trop contradictoires, notamment sur les questions de l’immigration, de l’intégration et de l’islam."
4°Que faire?D'abord mesurer la force de l'adversaire. Les polémiques internes, les chamailleries partisanes sont tellement dérisoires lorsqu'on mesure les obstacles à franchir et notamment un système médiatique exceptionnel, fonctionnant sur la désinformation et la manipulation, qui assure un contrôle des consciences en s'appuyant sur le terreau idéologique patiemment mis en place par l'éducation nationale.
Que les français, qui ont rejeté à 55% la constitution européenne, puissent être 76 % à voter pour les candidats du "oui" est révélateur.
Ensuite, il faut noter que le vote des naturalisés récents, en hausse exponentielle, rendra le combat national de plus en plus difficile.
Enfin, les méthodes de militantisme et de diffusion des idées devront faire l'objet d'un vaste débat que les militants de la droite nationale doivent entamer. Des initiatives ont montré la voie à suivre.
Il important aussi de ne pas sombrer dans le défaitisme, car du point de vue des idées je pense que cette campagne 2007 aura été bénéfique. ce qui a été semé par le FN et le MPF produira ses fruits, n'en doutons pas, lorsque l'échec de Nicolas Sarkozy, s'il est élu, éclatera aux yeux des français.Il est maintenant de la responsabilité des leaders politiques d'aborder la question vitale du rassemblement des forces nationales. Lorsqu'on lit certaines déclarations publiques essentiellement inspirées par la méthode Coué, il y a de quoi s'inquieter. Pour se battre il faut avoir la foi et l'espérance. Si certains préfèrent jouer avec, il ne faudra pas s'étonner que de plus en plus cèdent au découragement et au mortifère renoncement. Personne n'est à l'abri, moi compris.
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Libellés : 1er tour présidentielles 2007, Union des patriotes